Chaque sculpture Ezéa est fabriquée à la main à partir d'une bombe de peinture aérosol qui a réellement servi. Elle n'est ni moulée ni reproduite : c'est l'objet d'origine qui devient l'œuvre. Voici le processus complet, tel qu'il se déroule à l'atelier de La Gaude.
1. La collecte. Les bombes viennent de graffeurs, d'ateliers, de chantiers, de ma propre pratique. Elles ont toutes peint quelque chose avant d'arriver ici. Une bombe neuve ne m'intéresse pas : elle n'a rien à raconter et sa surface est trop propre.
2. La purge et la neutralisation. Une bombe aérosol « vide » ne l'est jamais complètement : il reste du gaz propulseur et des résidus de peinture. Chaque bombe est intégralement dépressurisée et purgée avant toute intervention. C'est une étape de sécurité non négociable — on ne découpe pas un contenant sous pression.
3. Le nettoyage. Extérieur et intérieur. Les résidus de peinture sèche, la poussière, les traces grasses. La surface doit être saine, sinon rien n'accroche derrière.
4. La découpe. C'est là que l'objet cesse d'être un contenant. Valve, embase, parties du corps selon la série : la découpe ouvre la forme et permet de la travailler.
5. La déformation. Le métal est écrasé, froissé, cabossé à la main. Chaque bombe réagit différemment selon son épaisseur, son état, sa corrosion. C'est l'étape la moins contrôlable et la plus déterminante : c'est elle qui donne à la pièce sa silhouette définitive.
6. Le travail de la résine. La résine époxy fige la forme, protège le métal et donne la profondeur de la finition brillante. Elle est dosée, mélangée et appliquée à la main. Une erreur de dosage ou une température ambiante trop basse, et la pièce est perdue.
7. La finition. Ponçage par passes de grains décroissants, peinture, détails — le liseré doré sur la série Old School est posé ligne par ligne. Puis le vernis. Chaque couche sèche avant la suivante.
8. Le socle, la signature, le numéro. Montage, signature à la main, numérotation sur 25, rédaction du certificat d'authenticité.
Pourquoi deux pièces ne sont jamais identiques
Parce que deux bombes ne le sont jamais. Chacune arrive avec ses bosses, ses rayures, son niveau de corrosion, l'endroit exact où sa peinture a coulé. La découpe et la déformation amplifient ces écarts au lieu de les gommer.
Je ne cherche pas à les corriger. Un objet parfaitement homogène, c'est un objet moulé en série. Ce n'est pas ce que je fais.
Le taux de rebut
Une bombe peut se déchirer à la déformation, une coulée peut rater, un ponçage peut traverser une couche. Toutes les bombes récupérées ne deviennent pas des sculptures — loin de là. Ce rebut fait partie du coût réel d'une pièce, et c'est une des raisons pour lesquelles ce travail ne peut pas être industrialisé.